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Robert Lee Burnside est né le 23 novembre 1926 à Harmontown – Mississippi.

Pendant longtemps sa musique n’a guère rencontré le succès….

Malgré quelques enregistrements au début des années 60, ça n’est que courant des années 90 que son Blues au style unique a réellement trouvé un public au delà d’une scène strictement locale.
Fat Possum Records est alors engagé dans la production d’enregistrements des bluesmen veillissants du nord du Mississippi. Rapidement après sa découverte par Fat Possum, R.L. Burnside avec Junior Kimbrough deviennent les artistes emblématiques du son et de la démarche du label.

Sa vie durant, le musicien assura sa subsistance en travaillant comme métayer dans le sud rural des Etats-Unis, jouant le week end pour les houses parties des alentours. A l’exception d’un catastrophique séjour à Chicago dans les années 50, durant lequel son frère, son père et son oncle seront assassinés, R.L. Burnside a passé le plus clair de son existance à Holly Springs – Mississippi.

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C’est en 1948 que l’écoute du single Boogie Chillen de John Lee Hooker l’incite à prendre la guitare et à chanter. Dès lors, après un apprentissage auprès de Freddy Mc Dowell, il va construire un son qui lui est propre n’hésitant pas à prendre des libertés avec la progression harmonique et la traditionnelle grille en 12 mesures du Blues.
Minimaliste, souvent basé sur la répétition d’un motif aux accents hypnotiques, le style de R.L. Burnside convoque instantanément tous les grands archétypes du Blues pour leur donner une inaltérable patine. Litanies des mauvais jours psalmodiées sur quelques accords hallucinés, la musique de R.L. Burnside n’est pas apprêtée, elle est immédiate et brute, puisant ses vérités dans un quotidien sans pitié et une poignée de souvenirs fantômatiques.

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Pour profondément enracinée dans l’essence même de la musique du diable, la musique de R.L. Burnside s’est pourtant autorisée quelques digressions inattendues. Remarqué par Jon Spencer, leader du Jon Spencer Blues Explosion, il tournera et enregistrera avec le groupe, s’ouvrant ainsi à des influences et des rencontres inattendues.
Ainsi sa musique prendra-t-elle des accents et une énergie emplissant le mince espace qui sépare le Blues d’un Rock âpre et rapide. De même, R.L. Burnside s’essaiera-t-il plus tard à des collaborations avec Alec Empire et Kid Rock pour une poignée d’étonnants remix éparpillés sur deux albums : Come on in (1998) et A Bothered Mind (2004) sorti peu avant son décès.

De fait, à partir de 1999 la santé du bluesmen est allée déclinante. En 2001 une première attaque cardiaque donne le signe avant-coureur du mal qui aura raison de lui le 1er septembre 2005.
Artisan extraordinaire et méconnu d’une musique qui irrigua une large partie des courants majeurs de la musique populaire du XXe siècle, R. L. Burnside laisse ses trésors à qui sait les trouver.

Wish I were in Heaven, sittin’ down…

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La page de R. L. Burnside sur le site de Fat Possum

http://www.fatpossum.com/artists/rl.html

Juke Joint - remix

Poor Black Mattie

Jumper on the Line

Rollin & Tumblin (live)

TORTOISE

Le 12 septembre dernier, à la Cité de la Musique, jouait le groupe post-rock de Chicago : Tortoise.

Rarement concert fut aussi bienvenu en cet fin d’un été médiocre, durant lequel il fallut bien remplacer le soleil par de la musique pour ne pas sombrer dans la déprime climatique.

La musique de Tortoise est une alchimie que l’on pourrait croire facile à mettre en oeuvre tant elle semble naturelle. Pourtant, sur une formation rock classique sont greffés des pratiques instrumentales atypiques – duo de batteries, musiciens tournants, tantôt percusionnistes, tantôt claviers, morceaux uniquement instrumentaux – et un réseau d’influences allant de Kraftwerk à Sun Râ en passant par Lee Scratch Perry…
A la fois simples et sophistiqués, cérébraux et charnels, limpides et chaotiques, les morceaux du quintet Chicagoan érigent le paradoxe en un système à la surprenante fluidité.
Il y a en effet quelque chose de liquide dans ces sonorités profondes, tantôt bouillonnantes, tantôt glacées, toujours limpides et homogènes.

C’est en 1991, alors que Doug Mc Comb (basse, guitare, lap steel) et John Herndon (batteries, claviers, programmation, vibraphone) jouent et composent ensemble depuis 3 années, que la rencontre avec John Mc Entire (batterie, claviers) donnent naissance à une formation qui portera d’abord le nom de Mosquito pour devenir finallement Tortoise.


En 1994 un album eponyme est réalisé sur le label Thrill Jockey qui entre autres musiciens exigeants et aventureux compte dans ses rangs les japonais bruitistes de Boredoms et les formidables Fiery Furnaces
De 1994 à 1997 le personnel du groupe évoluera continuellement pour se stabiliser en 1997 avec l’arrivée du guitariste Jeff Parker, autour de Doug Mc Comb (basse, guitare, lap steel), John Herndon (batteries, claviers, programmation, vibraphone), John Mc Entire (batterie, claviers) et Dan Bitney (basse, guitare, percussions, vibraphone, clavier, saxophone). Cette période verra la production de deux autres albums :

- Rythms, Resolutions and Clusters (1994)
- Millions Now Living Will Never Die (1996).

En 1998 sort TNT, probablement l’album le plus remarqué du groupe.
Ce disque est à l’image de ce qui frappe l’auditeur à l’écoute du groupe en concert. Il  y a en effet une extraordinaire cohérence, un liant étonnant et puissant qui fait que la musique de Tortoise est un tout indivisible. Chaque musicien élabore des motifs qui sont aussi tôt incorporés à un ensemble sonore esthétique et mouvant, au sein duquel l’idée de soliste semble évacuée au profit d’une parfaite homogèneité sonore.

TNT sera suivi en 2000 de Standards.
Standards poursuit l’oeuvre initiée par son prédécesseur sur un mode probablement plus anguleux, plus sec et dépouillé… sans pour autant se départir de cette aisance qui donne à la musique de Tortoise, même dans les recherches sonores les plus audacieuses, cette d’évidence et ce naturel qui brouille les pistes entre musique savante et musique pop.

Le concert donnée le 12 septembre dernier à la Cité de la Musique fut parfaitement à l’image de cette démarche dans laquelle il est autorisé de trouver une grande générosité, soit une absence totale d’élitisme mêlée à un refus absolu de la facilité.
Plaisir de jouer évident, prestation d’une parfaite intégrité technique et artistique, énergie rock, matériau sonore savant et complexe…

Le petit Robert des noms propres dit de Chicago que les activités musicales y sont “parmi les plus remarquables des Etats-Unis”…. Tortoise en apporte une belle preuve…

Discographie
Albums
- 2006: A Lazarus Taxon (Coffret 3CD/1DVD)
- 2006: Tortoise & Bonnie Prince Billy – The Brave And The Bold
- 2004: It’s All Around You
- 2001: Standards
- 1998: TNT
- 1996: Millions Now Living Will Never Die
- 1994: Rhythms, Resolutions, And Clusters
- 1994: Tortoise

Seneca (extrait de l’album Standards)

Eden 2 (extrait de l’album Standards)

Eros (extrait de l’album Standards)

OKAMI

Réalisateur : Hideki Kamiya (Devil may cry, Resident evil 2, Viewtiful Joe)
Développeur : Clover Studio
Editeur : Capcom / Electronic Arts
Plate-forme : PlayStation 2 / Wii
Genre : action / RPG

Okami est probablement la tentative esthétique la plus audacieuse de l’industrie du jeu vidéo à ce jour.
Beauté formelle epoustouflante, traitement graphique inédit, gameplay innovant, scénario riche et complexe : le jeudi de Hideki Kamiya est une construction savante et gracieuse !

Fondé sur les légendes populaires et la cosmogonie japonaise, le récit met en scène un loup blanc, réincarnation de la déesse mère Amaterasu et le monde du Nippon infesté par les Yokaïs, démons sournois et dévastateurs.
Terre calcinée, où la vie se meurt, hantée par des esprits tourmentés et destructeurs, le Nippon soupire après l’intervention d’un dieu bienfaiteur. C’est ce dieu, en la personne du loup blanc, que le jeu vous propose d’incarner. Il y a une ironie certaine, même si l’animal ne manque ni de noblesse ni de beautée, à sauver le monde dans la peau d’un canidé.
Faut-il y voir une lecture toute asiatique de l’humilité, entendue comme une vertu ?

Visuellement, Okami ne connaît aucune comparaison, aucun précédent dans le monde du jeu vidéo. Magnifique 3D temps réel au couleurs chamarées et liquides d’une aquaralle délicate et cernée des traits noirs d’un pinceau, l’esthètique d’Okami emprunte à l’estampe japonaise comme à la peinture chinoise.
Habité de forces telluriques et de sortilèges animistes, Okami met en scène la nature en tant que puissance magique. Forêts, animaux et créatures fantastiques jouent un rôle prépondérant dans la dramaturgie du jeu . C’est cette nature baillonnée de sortilèges qu’il convient de libérer. Et lorsque l’on y parvient, aidé de cette déesse à forme de loup blanc, ça n’est qu’explosion de mousses, de feuilles et de pétales aux couleurs délicates et éclatantes !

Emprunt d’un souffle poétique qui n’a de comparaison que dans les productions de Fumito Ueda (Ico, Shadow of the Colossus), Okami n’en est pas moins un vigoureux jeu d’action au gameplay surprenant et addictif.
Pour lutter contre les Yokaïs, Amaterasu utilise sa force animale et un pinceau divin, qui suspend le temps et le mouvement à l’instant du dessin. Probable allégorie du vide et de l’oubli du monde qu’enseigne la calligraphie japonaise, le pinceau trace ses symboles pour occire les ennemis, rendre la vie à un cerisier mort, redresser les ponts affaissés…
Pour autant, le jeu n’est ni pesant ni prétentieux. Faisant la part belle au grotesque et au cocasse, l’aventure d’Amaterasu entretient constamment un équilibre facétieux entre beauté formelle et distanciation humoristique.

Okami a été produit et réalisé par le sudio Clover.
Clover, une filiale de Capcom a été fondé en 2004. Son cahier des charges portait sur le développement de jeux créativement exceptionnels et visuellement novateurs. Okami est la preuve tangible de la totale atteinte de cet objectif.
Pourtant, déçu par les résultats financiers du studio, Capcom ferme les porte du studio en mars 2007. Les joueurs éclairés déplorent la fermeture d’un formidable viviers de talents parmi lesquels, outre Hideki Kamiya, comptait Shinji Mikami (Resident Evil, Devil may cry).

Bourgeon mort né d’une nouvelle vague, Clover laisse avec Okami, un manifeste ambitieux qui affirme la certitude que le jeu vidéo est une forme d’art, pour autant qu’il s’en donne les moyens…

www.okami-game.com

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