Mark Ryden pratique une peinture à laquelle il apporte un soin méticuleux et une technique irréprochable. En cela, il approche quelques grands maîtres néo-classiques tels Dominique Ingres ou David. Velouté sensuel des chairs, chatoyances des étoffes, luxe de détails, complexité des motifs et des compositions…
La comparaison s’arrête ici, même si elle est d’importance.
Si pour la forme, on décèlera des empreints au néo-classicisme, sur le fond c’est vers le Symbolisme et le Surréalisme qu’il faut rechercher les puissances qui innervent l’oeuvre de Mark Ryden. Mais là où ces mouvements habillent leurs langages de savantes citations, lui puise la vérité de son propos dans les triviaux artefacts de la Pop culture contemporaine. Dès lors c’est le peuple d’un Disneyland insane qui raconte les abîmes solitaires, les mutilations pathétiques et les monuments risibles de la modernité occidentale.
C’est dans le plupart des cas, des figures enfantines qui se font les temoins, tour à tour complices ou victimes, du doucereux cauchemar meublé de brillants joujous multicolores qui font les paysages de l’oeuvre de Mark Ryden.
Il découle de cette démarche un fatras baroque, un cut up victorien de projections mentales et de réminiscences subconscientes : petits mignons et mignonnes au grands yeux trop innocents pour être honnêtes croisant régulièrement Abraham Lincoln, animaux en peluche, symboles religieux, signes cabalistiques, ésotérisme de fête foraine, monstres sylvestres et tranches de viandes….
Artiste emblématique d’un certain renouveau de la peinture, Mark Ryden est entouré, dans ce mouvement émergent que d’aucuns appellent Surréalisme Pop, d’artistes ayant pour nom : Marion Peck (qui est d’ailleurs son épouse), Ray Caesar , Camille Rose Garcia, Todd Schorr, Alex Gross ….
Mark Ryden est né en 1963, il vit et travaille à Eagle Rock en Californie, en compagnie de sa femme Marion Peck et de ses deux enfants Rosie et Jasper…
Une des rares photos de lui que l’on trouve sur Web présente un type a l’air débonnaire : longue barbe et cheveux de hippie, petites lunettes de prof de math et costume désuet….
Sur son site, il confie l’anecdote suivante :
Il y a quelques années, alors que je travaillais tard une nuit, la forte odeur d’un noyer perturba ma concentration. Tout était très calme. Une brise étrange souffla doucement au travers mon studio. Soudain j’ai senti quelque-chose sur mon épaule. Étrangement, je ne fus pas surpris de trouver un petit Abraham Lincoln sur mon épaule. Nous nous sommes regardés un moment. Puis il murmura très doucement à mon oreille “peint de la viande”…
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